TEXTES

Ces textes sont composés à partir des notes dont je noircis mes carnets au long des jours. Chez moi, en chemin, à la table d'un bistrot, dans une chambre d'hôtel, assis sur un rocher... Elles ne cherchent pas à circonscrire une pensée dans le cadre de la raison. Elles sont une autre expression du chant intérieur. Un thème vient, un mot, une idée, une phrase. Alors je déroule le fil, en improvisant, en essayant de me tenir au plus près du jaillissement naturel de l'écriture. Sans savoir où je vais. Comme un musicien laisse aller ses doigts selon l'inspiration sur la manche de sa guitare, ou sur le clavier d'un piano. Sans vouloir démontrer ni expliciter. Tout au contraire, c'est à moi, en premier lieu, que l'écriture révèle ce que l'intuition a suscité. J'écris pour rester dans l'espace poétique, lorsque la situation ne se prête pas à la photographie. Si le lecteur veut bien considérer ces variations comme des petits poèmes en prose, alors j'aurais au moins l'humble satisfaction d'avoir écrit à cet effet.

L'espace immédiat

 

L’espace immédiat est celui de ma photographie. Les lieux immédiats, les êtres immédiats, les choses immédiates. Tout ce qui est là, qui entre dans le cadre de ma vie. Cet espace immédiat est la matière brute. De cette matière brute je tire un minerai, qui serait en quelque sorte la matière première. Des images qui sont autant de tentatives, d’esquisses. Parfois pour en préparer d’autre, pour interroger le motif. D’autres fois répondant purement à l’intuition. D’autres fois encore en revenant sur les lieux pour creuser davantage. Quelque soit le motif, ces principes sont valables. C’est d’ailleurs pourquoi ils ont valeur de principes. Ils concernent la justesse à moi-même au moment de photographier. La manière d’avancer dans l’espace, de me situer. La manière d’aborder le sujet, avec le plus de naturel, la plus grand fluidité. Le moins de technique possible, le moins de réflexion possible, pour être en lien direct avec le réel, ce qui est là.