Une éphémère épiphanie. #101020

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  • Le 10/10/2020
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Parfois, un jour de grâce, l’acte photographique qui culmine dans un légère et progressive pression de l’index sur le déclencheur, est une révélation. Le sentiment de reliance au Tout, d’appartenance au monde, s’ouvre comme une fleur dans la poitrine, dans le souffle. Cette connexion de la conscience avec l’univers est l’aboutissement passager d’une quête d’équilibre. L’impression de sérénité transfigure soudain la réalité, le temps d’une infime fraction de temps. Une éphémère épiphanie. Comme une jouissance qui illumine l’esprit et s’abolit dans son jaillissement. Le déclic léger ouvre un profond silence intérieur. Je ressens la libération douce, vivifiante, de toute cette énergie qui, comme on bande un arc, a été progressivement accumulée jusqu’à l’instant du déclenchement. La flèche décochée traverse lentement la lumière et la transfigure. Le temps d’un doux éclair, d’une tendre foudre, je ne m’appartiens plus, plus rien ne m’appartient, j’appartiens à tout et tout m’appartient. Plus rien n’existe et tout est là. Expérience du vide qui ne serait pas morbide comme l’indiquerait le sens péjoratif du mot en occident, mais au contraire un vide oriental, qui rassemble vacuité et plénitude. Le temps d’une étincelle s’instaure un silence non pas sépulcral mais sonore. Une immobilité non pas cadavérique mais apaisée, intérieure, un retour à l’état d’inertie, de parfait équilibre, non celui de la mort, mais celui d’une tranquille absence à soi dans la parfaite présence au monde. L’acte photographique est solitaire, intime. Chacun de ces instants de grâce est un pas sur le chemin vers soi. Mais choisir de vivre poétiquement par et avec la photographie, c’est choisir un chemin de solitude qui ne conduit pas à l’enfermement mais à l’Autre. Sans quoi je n'imprimerais pas forcément les images sur le papier, à quoi bon? A quoi bon exposer, créer des livres? Ce chemin est empierré d’images qui sont autant de poèmes. Haute voie de communication. Et si je devais formuler un voeu, un rêve d’idéal, ce serait qu’au-delà de cet acte photographie que j’ai décrit comme acte solitaire et reliant, la vision de ma photographie par l’Autre saisisse son âme de pareille manière et ouvre dans son coeur un chemin qui m’échappe et conduit ailleurs.
 

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