1: RAFAEL RIQUENI, portrait sensible

Olivier Deck Par Le 20/07/2021 0

Dans RAFAEL RIQUENI

RAFAEL RIQUENI

portrait sensible

Rafael Riqueni, guitare et cigarette

photographie et texte

INTRODUCTION

Projet au long cours pour un livre et une exposition 

Rafael Riqueni a vécu mille vies. C’est l’homme des superlatifs… Il est considéré comme le plus grand guitariste flamenco actuel en Espagne. L’un des compositeurs majeurs de l’histoire de la musique espagnole. On le met sur le rang d'un Isaac Albéniz. Et l’un des plus grands guitaristes vivants, tous styles confondus. Né en 1962, fils d’un vendeur de bicyclette amateur de flamenco dans le quartier Triana de Séville, il commence la guitare à huit ans, dans la rue. Puis son père le présente à Paco de Lucía que détecte aussitôt un prodige. Il passe ensuite aux bons soins de Manolo Sanlúcar. A tout seigneur tout honneur. A douze ans il monte sur scène. A quatorze il reçoit les deux prix majeurs de guitare en Espagne. A Cordoue Le prix Ramón Montoya de guitare de concert, et le prix des rencontres de Jerez de la Frontera, qu’il recevra de nouveau quelques années plus tard.

Lorsque j’ai proposé ce projet de « Portrait sensible » au Festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan, en moi le trac du photographe n’avait d’égal que celui de l’humble mais passionné guitariste. Partout où je vais depuis le saut de l’enfance, c’est avec une guitare. Alors cette rencontre avait de quoi me faire suffoquer. Un beau rêve n’aurait pas suffit à prédire la suite. Cinq jours entiers dans la proximité du musicien, à photographier, lui trouver des limes à ongles, le balader dansma voiture dans les Landes les matins trop longs, l’observer et surtout, parler guitare, pluie, beau temps et glace à la vanille.

La bienveillance immédiate du Maestro, sa douceur d’être, la confiance photographique établie par son enthousiasme pour mes images découvertes dans le livre « Un peu plus que la vie » (Contrejour) et cette caresse amicale sur mon épaule, plus tard : « Buen amigo eres, Olivier. » Depuis deux jours il lorgnait sur les bracelets en perles de bois à mes poignets, manie de guitariste. Je lui en ai offert deux, qu’il portait lors de cette nuit d’anthologie, pour la clôture du festival, en duo avec la danseuse de l’avant-garde du flamenco, Rocío Molina.

Lorsque nous nous sommes quittés, c’est en prenant rendez-vous à Séville. Chez lui, où il peint et lit quand il ne gratte pas. Dans les rues de sa ville retrouvée après bien des aventures et mésaventures. Et dans la préparation d’un concert important pour le festival de Mairena. Autant dire que l’aventure ne fait que commencer. Je la raconterai au long cours, en images et en mots.

Cet ensemble ne relève pas du travail de reporter. Je me suis fixé des limites, en particulier aucune photographie de spectacle. D'autres photographes font cela beaucoup mieux que je ne le ferais, et je photographie avec un Leica M muni d'un objectif de 40mm, le plus proche de la vision humaine, qui me demande d'être, de vivre "dans" la situation, sans les possibilités esthétiques et surnaturelles qu'autorise un téléobjectif. Si l'ensemble est un document - la photographie échappe difficilement à sa nature -, c’est un peu malgré lui. Il s’agit davantage d’un duo avec le musicien. C’est ainsi que je le l'ai présenté au maestro, comme une expérience musicale. Il a immédiatement pigé et « joué le jeu ». Jouer de la photographie comme on joue de la musique. Un duo Leica-guitare qui se prolongera durant les mois qui viennent, et peut-être au-delà. Mon idée n’est pas de photographier le flamenco, mais de photographier flamenco.

Vive la photographie flamenca !

à suivre

 
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