flamenco

ANDALUZ

Par Le 08/10/2022

 

ANDALUZ

variations photopoétiques et littéraires

pour un livre aux éditions Contrejour (2023-24)

avec l'écrivain Serge Airoldi

Le cheval du barranco de Víznar

 

Porte occidentale du monde méditerranéen, charnière entre Orient et Occident, l’Andalousie a vu converger vers elle toutes les influences, grecque, égyptienne, romaine, chrétienne, arabe, juive, gitane qui ont trouvé dans le tempérament ibérique le creuset idéal pour fusionner… et engendrer une culture singulière, où s’épousent dans un même éclat brûlant les flammes et les ombres de l’existence.

Depuis la nuit des temps, et particulièrement l’avènement de l’ère romantique, la terre andalouse attire et fascine les artistes. Il y a là-bas - l’histoire de l’art, de la littérature, de la musique en témoignent - une énergie naturelle riche, inextinguible, qui semble monter de la terre pour nourrir et exalter l’énergie créative.

Mon voyage au sud de l’Espagne a commencé dès l’enfance, en famille, et je n’ai cessé de le poursuivre depuis, année après année, en hispanophile, écrivain, photographe, guitariste… Après quatre décennies d’Andalousie, j’ai eu besoin de revenir sur mes pas, dans un mouvement en avant, pour lui consacrer ce chant poétique, puisé dans sa lumière, ses rues, ses paysages, sa musique, ses êtres, ses faits et ses gestes. Je vais sur les routes d’une Andalousie enfouie en moi, intime, personnelle, qui s’offre comme un miroir de l’âme, réfléchissant un espace intérieur, mythique, imaginaire, spirituel, légendaire…

En tant que sujet photographique, on pourrait considérer l’Andalousie usée jusqu’à la corde. S’en tenir là, se contenter de reconnaître l’épuisement du poétique, ce serait mal la connaître, ou trop superficiellement. Alors, je ne renonce pas. Elle m’appelle et je réponds à son appel. Une résonance existe entre elle et moi, sans faiblir jamais. Arpenteur solitaire, je vais chercher au-delà du visible, dans l’envers du décor, des apparences. Parcourir les marges, aller au fond des plis, scruter entre les lignes pour tirer la substantifique moelle de la lumière, ou bat ce que je sens, ressens, entend, désire, aime…

Leica en main, un carnet dans la poche, je prends des notes écrites et visuelles en chemin, comme si je m’aventurais en territoire incertain, comme si je voulais retrouver les vieux chemins, et une vérité enfouie, qui n’a ni nom ni visage. Comme si je voulais tracer un itinéraire intime, d’image en image. Mouvement en avant, progression, exploration de moi-même par le truchement d’une exploration d’un lieu particulier qui met à vif mes sensations d’exister. Les joies et les peines où puise le chant flamenco. Comme si je voulais me souvenir de ce qui n’a jamais eu lieu.

Que ce récit en images et en mots soit ceci : des variations flamencas. Evocation d’un lien, un amour pour une terre qui m’a constitué et que je voudrais célébrer en retour, me livrant à une divagation tous azimuts, écoutant le chant profond de la terre, la cadence intime de la lumière, le « compás » (cadence, rythme) qui est le battement de ce coeur andalou au creux duquel on aperçoit, de loin en loin, l’ombre ou l’éclat scintillant du duende chanté par García Lorca.