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psychapoésie
LA TARTE AUX FRAMBOISES (III)
Par
Olivier Deck
Le 13/03/2025
Si Freud n'a pas écrit une théorie de la sublimation, pour l'expliquer il a souvent recours à l'exemple des artistes, des créateurs, poètes, peintres, et des grands intellectuels... Tout ceux-là s'offrent en modèles pour ce processus animique particulier et peut-être bien salvateur, c'est en tout cas ce que je voudrais essayer de mieux comprendre. J'ai expliqué que, comme on le trouve dans certaines sagesses orientales, j'adhère à l'idée d'un énergie Une, primordiale, qui nous anime, nous traverse, nous porte et se distribue selon ses multiples voies possibles. On peut refuser ce préalable, contester ce principe, et dans ce cas il n'est pas conseillé de me suivre plus avant dans celle balade d'idée en idée. Je pose là une prémisse que les astrophysiciens ou les sages taoïstes seraient plus à même que moi d'expliquer, de justifier, de prouver ou d'infirmer, mais je fonde ma réflexion sur cette base, issue d'un choix que nous laisse les uns et les autres dans leurs démonstrations parfois contradictoires, et je n'ai pas besoin de prouver qu'elle est absolument vraie ou absolument fausse pour aller de l'avant avec justesse. Je la pose et elle soutient tout ce que je pense. Plus de quatre décennies, soit une longue expérience, de pratique et d'enseignement des arts martiaux traditionnels, le Budo, "la voie du combat", n'aura pas suffi à m'apporter la preuve de l'existence de l'énergie universelle, mais elle aura grandement suffi à en éprouver et en étudier les effets et les possibilités offertes. Il n'est pas rare que les situations conflictuelles entre les instances psychiques réverbèrent celles décrites par la théorie freudienne, ou rencontrées dans la pratique analytique. Sans aller jusqu'à confondre les unes et les autres, je n'ai toutefois eu aucune peine à souscrire à l'affirmation de Marie-France Dispaux qui prétend que la psychanalyse est une "théorie des conflits".
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Le mécanisme de la sublimation veut que l'énergie première soit détournée de son but et mise au service de l'oeuvre, qui permet à l'artiste ou au savant, dans les cas favorables, de s'acheminer vers la satisfaction, d'accéder à une reconnaissance de lui-même par lui-même et par les autres, et de bénéficier ainsi, en retour, d'un regain d'énergie positive, qui n'a donc aucune raison d'être pour partie refoulée. Le refoulement de l'énergie doit toujours attirer notre attention. Qui dit refoulée ne dit par "perdue". L'énergie ne se perd jamais. Refoulée, elle reste libre de se lier à d'autres objets et peut venir se mêler à des conflits inconscients, comme versant de l'huile sur le feu, ou encore retrouver le chemin de la conscience sous forme d'angoisse, de gêne, de phobie, de trouble... D'autre part, gardons-nous de confondre avec la sublimation tout changement de l'énergie quant à son but. Il est des destins de la pulsion qui peuvent ressembler à s'y méprendre à la sublimation, et n'obtiennent pourtant pas ce regain d'énergie, ce renforcement, cette reconnaissance de soi par soi et par l'Autre. Un peintre, un musicien peut s'épuiser dans son oeuvre, sans en retirer la force de vivre mieux. Il a simplement "déplacé" son énergie. Il lui a trouvé un but, un destin urgent dans laquelle elle a été brûlée, éliminant ainsi la tension qu'elle générait, mais cet emploi n'aura donné aucun avantage, et finalement, quelque soit le résultat, la tension aura été libérée à perte, et ne tardera pas à revenir, faisant du processus du déplacement une noria dans laquelle l'être se trouve retenu par contrainte. Je n'irai pas plus loin sur le déplacement, qui ne concerne pas seulement les actes créatifs. Il est même plus simple à repérer dans d'autres activités. L'exercice physique, par déplacement de la tension psychique vers le corps, est un recours commun dans la société moderne. Ou tout autre action d'apparence névrotique, contrainte, qui agissent comme des soupapes mais n'apportent aucun réconfort durable.
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La sublimation, elle, semblerait produire des bénéfices. Comme un retour sur investissement de l'énergie. Freud prend pour paradigme les artistes et les savants pour l'expliquer, il a hélas tendance à les considérer comme bénéficiaires privilégiés. Par la satisfaction, la gloire apportées. Elle nourrit et encourage les bienfaits de la relation humaine, dans le travail, les groupes d'intérêt, et d'une certaine façon les réseaux sociaux, etc., en renforçant le moi, le rapprochant de son idéal. Alors, pourquoi ce mécanisme, le seul destin qui produise du bénéfice, en termes d'économie pulsionnelle, serait-il réservé à ces êtres que Freud avait la chance de fréquenter, au point sans doute de manquer d'acuité dans sa considération de tout ce qui n'était pas l'élite. Rendons-lui justice, dans l'un de ses derniers textes il pressent que la psychanalyse portera sans doute véritablement ses fruits par ses applications, en quittant le pur champ médical ou scientifique, pour exister en tant que telle dans le monde "normal". Les applications de la psychanalyse, voici à quoi nous nous employons ici. Souhaitant sincèrement ne rien en trahir.
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Tant de voies seraient à explorer, pour nourrir notre réflexion, que nous aurions tôt fait de dépasser le cadre de la présente entreprise. Alors je choisirai de m'en tenir à celle que je connais le mieux, pour la pratiquer au quotidien "depuis toujours", la voie créative, qu'elle soit artistique pour les gens doués pour l'art, ou tout à fait domestique, commune, à la portée de tous, et sans aucun recours à quelque don céleste ou autre. Parce que la créativité s'offre à tous. À toutes. Il y a en chaque être un artiste qui sommeille, qui souvent s'ignore, et qui pourtant crée. Crée la vie. Crée et, par un travail de mise en conscience et de choix personnels, peut apporter beaucoup de force à l'édification, au maintien et à l'embellie de son propre bonheur.
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©Olivier Deck
Pour toute information, prise de rendez-vous en présence à Capbreton, ou audio en France : contact
prix d'une séance : 50 euros
Vivre poétiquement sa vie
Par
Olivier Deck
Le 26/01/2024
Vivre poétiquement sa vie, tel que nous y invitent Hölderlin (habiter poétiquement le monde), Rilke (l'impérieuse nécessité poétique) ou plus près de nous Edgard Morin, c'est vivre créativement en toute circonstance, en toute situation, concrète ou abstraite, pratique ou intellectuelle. Disons, du mieux que l'on peut. Il convient de rester humble devant pareil enjeu. Là se pose la question de la connaissance et du choix guidés par la connaissance. Connaissance de quoi? Connaissance de soi, avant tout. Connaissance de soi comme particule d'un Tout. De la vie individuelle à la vie de famille, sociale, professionnelle. De la solitude à l'amitié, des activités élevées aux plus prosaïques. Pas un domaine n'échappe au bénéfice de la connaissance. De la nature, des mondes connus et des mondes inconnus. Connaissance de soi, soit, mais à quelle fin? peut-on se demander. A quoi bon cette connaissance? La réponse n'est pas nouvelle, elle est simple. Aller vers la connaissance de soi est le moyen de se donner une chance de vivre plus librement. Là encore, le plus librement possible. De délier en soi les entraves qui empêchent la réalisation de l'être. D'être soi en meilleure connaissance de l'espace, des conditions de sa propre liberté. Vivre au plus près de soi, en tant que soi, et non en tant qu'un autre. Échapper autant que possible aux conditionnements, aux injonctions, aux influences extérieures qui ne poussent pas dans le sens de la juste nature de l'être.
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Pour prendre un exemple personnel, et sans le poser comme une généralité, je crois - disons qu'il me semble le comprendre aujourd'hui -, que dès mon plus jeune âge - avant dix ans - je sentais une énergie particulière qui cherchait à se frayer un passage au fond de moi. Bien entendu, aucune pensée ne venait associer des idées capables d'expliquer, ou d'éclairer un tant soit peu, ce qui ressortissait à l'impression, de l'émotion, de l'intuition, de l'élan naturel. Ce que depuis je nomme "l'intuition de soi". Cette intuition poétique que j'ai cherché à canaliser, à diriger dans le sens de la construction, sans aucune volonté particulière de ma part. Comme l'eau suit la pente. Cette force intime, mystérieuse, insue, m'a poussé vers une vie de créateur pluridisciplinaire, protéïforme - écrivain, photographe, peintre, chanteur... à la fois comme si je me cherchais (ce que pensaient les autres à mon endroit ) et comme si tout s'exprimait à la fois parce que la force était elle-même multiple, et poursuivait un même destin. J'étais ainsi, non conforme à la norme. Dans ma classe, de l'école primaire au lycée, j'ai toujours été le seul à vouloir vivre en artiste. L'artiste, hors de la norme (sauf à céder à d'autres sirènes) s'avère difficilement lisible par autrui, puisque nous vivons dans un société qui estime l'individu au regard d'une grille de lecture. Un artiste, au fond, ce n'est pas rassurant. On le classe souvent parmi les rêveurs, une manière de le caser quelque part, on sait bien qu'un jour ou l'autre il entrera dans les rangs. Or cette intuition provenait d'une énergie plus profonde, Une et primordiale celle-là. L'énergie fondamentale qu'évoque un Spinoza. Le Chi, le Tao, ki, qi, pranâ, libido... nommons-la comme on voudra... Comme le feu, dont elle est une manifestation première, elle peut éclairer, réchauffer, rassurer, faire rêver ou brûler, aveugler, détruire... Qu'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas d'une illustration visant à dire la dualité des choses de ce monde. Le feu est Un. Contre la foudre ou l'incendie, nous ne pouvons rien. Mais éclairer un livre ou mettre le feu à la maison avec une même chandelle, cela relève de notre choix, de notre responsabilité. De notre adresse ou maladresse, aussi... La voie de création de moi-même que j'ai choisie - à moins que je n'y fusse déterminé - est la voie créative elle-même. Il en est d'autres, chacun peut approfondir pour soi le sens d'une éthique personnelle, d'une esthétique, d'un exigence, dans quelque domaine que ce soit.
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C'est donc intuitivement, que je me suis lancé sur la voie poétique. Un chemin pavé de réussites et de défaites, de rire et de larmes, dans l'acquisition constante de la connaissance pratique, autodidacte, enrichie et vivifiée par les rencontres, les lectures, la pensée, l'analyse permanente de l'expérience... j'ai progressivement mis des mots sur ce qui m'animait, des mots pour dire cette approche poétique de l'existence, des mots pour évoquer le souffle qui pousse les voiles du monde, pour le meilleur et pour le pire. La créativité, soit l'énergie de création, l'énergie du "faire", s'exprime en toute chose et s'offre à tous les destins. Depuis le big bang, l'Univers se fait lui-même, sans relâche il advient. Il est le devenir de l'énergie primitive, fondamentale. Energie dont nous sommes une "forme" que les conflits intérieurs entrave ou influence dans le sens du chaos, de la destruction. La destruction de soi, c'est la destruction du monde. Et si nous avons le culot de nous aventurer dans les ombres de l'être, ce n'est que pour tenter d'y voir un peu plus clair, d'apaiser les conflits, d'oeuvrer pour la clarté. L'amour et la haine ne s'opposent pas, ils sont pris dans un cycle d'engendrement mutuel qui demande d'être compris, à tout le moins senti, pour que sa dynamique serve la vie. La psychanalyse m'a permis d'explorer plus profondément la nuit de mon âme. Et de faire venir à ma conscience les mots pour dire les Exprimer un affect, c'est comme faire apparaître une image. Dès lors qu'un élément vient à la conscience, et à la dynamique de l'esprit, il offre un abord, un côte, un accès. Et l'être devient un peu plus capable non seulement d'apaiser les conflits qui le déchirent, mais aussi d'employer à des fins plus heureuse la force dont il dispose. Celle de la Nature. Et tout cela passe par les mots. La parole...
Pour en savoir plus sur mon approche psychanalytique, rendez-vous sur www.psyka.net