photographie

POURQUOI COLLECTIONNER DE LA PHOTOGRAPHIE EN NOIR ET BLANC ?

Le 17/09/2025

Les cyprès sur la crête, en Andalousie

Un site internet, une page instagram, des albums en ligne, des articles pour partager des expériences... à quoi bon, si ce n'est pour faire connaître une oeuvre photographique? J'ai choisi la voie des arts comme mode de vie, comme principe pourrais-je dire, par conséquent au bout de la chaîne de création, je m'adresse au collectionneur de photographie contemporaine.

Collectionneur débutant, collectionneur aguerri et curieux, l'artiste à besoin d'eux, comme ils ont besoin de l'artiste. Parce qu'une oeuvre d'art a une importance vitale pour l'un comme pour l'autre. Cela passe par la vente, l'aspect économique (l'artiste paie sa baguette de pain avec le produit de son art!), mais ne se limite pas à la valeur marchande. Une photographie, c'est une image qui, dès lors qu'elle rejoint une collection, entre dans une nouvelle vie. Elle ne sera pas pour le collectionneur ce qu'elle était pour le photographe. Elle investira une autre histoire, une autre intimité, un autre récit. Plus une poésie porte une énergie profonde, poétique, plus elle ira loin dans le coeur de ceux qui la regardent. Je vois dans ce rapport de l'artiste et du collectionneur amateur d'art un partage de l'intime, un partage de la solitude. La solitude propre à chacun, le secret de ce for intérieur qui n'appartient qu'à l'être lui-même et à personne d'autre.

Photographie d'art contemporaine, certes, qui plus est, en noir et blanc! La photo monochrome n'a pas les faveurs de l'ensemble du public. Qu'à cela ne tienne. Elle est pure, radicale, parfois minimaliste. Elle va à l'essentiel. D'aucuns prétendent qu'elle est triste! C'est moi qui suis triste lorsque j'entends cela. Triste pour celui ou celle qui n'est pas sensible à la beauté des images en noir et blanc. Tristes, les images de Josef Sudek, d'André Kertész, de Paul Strand, d'Alfred Stieglitz, en bref, de tous ceux qui ont fait l'histoire du médium, qui lui ont offert ses lettres de noblesse? Moroses, les images de Klavdij Sluban, de Junjing Lee, de Masao Yamamoto? Bah!

Une photographie en noir et blanc va à l'essentiel. Non que celles en couleurs se perdent dans les fioritures, elles peuvent être pures aussi, mais ajoutent l'effet de la couleur, des arguments en plus. Comme un beau visage maquillé et un beau visage sans fard. Comme on joue de la guitare ou du piano, pour exprimer sa musique intérieure. 

Pour aller au plus près de ma sensibilité, je ne photographie plus qu'en noir et blanc depuis 2012. En 2024, j'ai fait une petit infidélité, avec un travail de nature morte en couleur, au Leica M11, mais en dépit de la beauté des images, je suis revenu au M10 monochrome. Parce que mon rapport à la pratique et le résultat obtenu sont beaucoup plus près de ce que je suis.

J'ai longtemps hésité entre le noir et blanc et la couleur. La sortie du premier Leica M monochrome a été décisive pour moi. J'ai revendu tout mon matériel (Nikon, deux zooms qui couvraient du 35 au 500) pour acheter un boîtier et un 50mm qui ne m'ont plus quitté. Ah, j'exagère. Deux ou trois ans plus tard, j'ai ajouté à mon petit arsenal le tout petit Summicron 40mm, qui allait devenir le compagnon exclusif de mes voyages. Le 50 Summilux, (la plus belle optique qui m'ait été donné d'utiliser!) étant dès lors réservé au travail du portrait et de la nature morte, soit une approche posée. Le 40 est si proche de ma vision que je "vois" ma composition avant même d'avoir mis l'œil dans la visée. En outre, il est si discret, si léger, qu'avec le boîtier M il m'est devenu aussi naturel que mes mains ou mes pieds, je l'ai incorporé, comme un troisième œil.

L'engagement que je mets dans mon travail photographique est une main tendue vers l'autre, celui qui sera touché par mon image, parce qu'elle a une force d'expression, une puissance dans sa composition, ses contrastes, ses nuances. Plus peut-être que dans son sujet... mais c'est un autre sujet. Je vous parlerai plus tard de la beauté propre au noir et blanc. La beauté, oui. Je suis de ces artistes qui n'ont pas perdu d'esprit que la beauté, la Beauté, est à la source et à l'horizon de l'Art. Et que sa célébration, tellement signifiante, épuisera les artistes avant qu'elle ne s'épuise.

À suivre, donc.

Et pour les amateurs d'art, primo-collectionneurs ou collectionneurs chevronnés,

rendez-vous à la galerie AB original art online

pour découvrir une sélection spéciale de mes photographies

(ainsi que de mes collages et dessins)

 

Olivier Deck

DE L'EXTRÊMORDINAIRE

Le 14/08/2024

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11 août 2024 Capbreton

Attendre le départ. Regarder encore les cartes. Lire. Rêver le voyage.
Dans son livre BW, Lydie Salvayre évoque le voyage conçu comme un tauromachie. C'est ainsi, en effet. Encore une fois, je pars pour me frotter à l'inconnu au-dedans, pour risquer ma peau actuelle, pour mourir à moi-même et renaître au plus près de ce que je suis, de ce que je crois être, de ce que je deviens. Pour muer à l'intérieur. Chaque voyage est l'occasion d'une métamorphose de soi en soi. Avant de partir, je relis les propos de Jankélévitch sur l'aventure. Celle qu'il nomme l'aventure aventureuse, par opposition à l'aventure aventurière. Il n'est pas d'aventure véritable que celle qui engage la vie, met en danger, et point de danger véritable autre que le danger de mort. La Poésie, c'est descendre dans l'arène de l'existence sans aucune autre raison que de se frotter au réel tel qu'il est. Non dans ses extrêmes extraordinaires mais dans son extrême ordinaire, que le poème métamorphose. L'extrêmordinaire. Un appareil photo, une plume, une guitare à la main, être capable de considérer ce qui advient comme un défi, un enjeu à la vie à la mort. Allez jusqu'au bout. Sans idée de gagner ni de perdre.

&

Je pars pour prendre un temps d'avance. Pour aller au-devant de ce qui adviendra. On pourra m'accuser de chipoter, advient ce qui advient, certes, qu'on le devance ou non. Oui et non. Je choisis de partir pour me jeter encore et encore dans l'aventure du chemin, changer les données de la normalité. Certes, je ne brave pas d'autre danger que le danger métaphorique, si l'on excepte les dangers de la route, le risque d'être occis pour un oui ou pour un non au détour de la rue par un malfaisant, de manger une tortilla toxique préparée avec des oeufs importés de la région de Zaporijia, une ensaladilla rusa concoctée par un cuistot russe du SVR qui m'aurait pris pour un espion allemand à cause de mon teint teuton exacerbé par le soleil andalou et de mon Leica made in Germany, de contracter une maladie échappée de la pisse du pangolin ou d'un laboratoire chinois de recherche médicale, on n'est plus sûr de rien, en ce monde civilisé. Cela ne date pas d'aujourd'hui, je me souviens, lorsque j'étais enfant, de ces longues files de gens qui attendaient - c'était du côté de Valencia - pour être vaccinés contre le choléra dont une épidémie se propageait en Espagne. Bref, sauf accident de parcours, je ne vais pas au-devant du danger habituel dont l'aventurier fait sa publicité. Foin de tigre du Bengale, de sommet à 8000 ou de tempête en mer... Ici, le danger est intérieur. Le toro est métaphorique. Je prends la route pour écrire une chanson de geste sans savoir de quoi sera fait le voyage. Je vais au-devant de ce qui voudra bien croiser ma route. Comme Don Quichotte va au-devant des péripéties. Je ne laisse pas venir, je ne reste pas chez moi, bien installé dans le fauteuil des habitudes, les pieds glissés dans les rassurantes pantoufles du décor familier, entouré par mes livres, mes casseroles et mes guitares. Je pars. Parce qu'il y a péril en la demeure, voilà qui n'est pas nouveau, certes, mais toujours valable. La même Lydie Salvayre, dans le même livre qui traite des voyages de BW, cite la "manie ambulatoire" signalée dans les manuels de psychiatrie. Sans doute suis-je atteint, comme le chevalier à la triste figure, du mal ambulatoire. Le syndrome du partir. Le mouvement est à la fois mon symptôme et ma potion, la distance mon saignement et mon traitement au long cours.

à suivre...

©Olivier Deck

APPEL : Mmes et MM. galeriste, éditeur, directeur de centre culturel ou artistique, amateur d'art, organisateur, programmateur, collectionneur, chroniqueur, journaliste... si vous êtes intéressés pour soutenir ce projet, aider à sa production, sa publication, son exposition, sa présentation en public (exposition, publication, récital, lecture, chanson, projection, conférence...) n'hésitez pas à prendre contact par messagerie.

Poétique du prosaïque et vice versa

Le 13/08/2024

DON QUIJOTE DE LA MANCHA

 

Avant de prendre le départ, je voudrais apporter quelques imprécisions supplémentaires à propos de l'emploi, qui pourrait sembler intempestif, que je fais des mots "poésie", "poème", "poète"... Se dire poète n'a rien d'outrecuidant, sauf à considérer la poésie comme un domaine réservé à une caste dont on serait en droit de se demander qui décide qu'untel en est et tel autre non. J'entends d'ici grincer les dents des grincheux. Qu'elles grincent, elles finiront par s'éroder. Se dire poète relève d'une affirmation, celle d'une exigence personnelle, celle d'un engagement qui se donne pour moyen la pratique de l'Art. Aussi, pour que ce soit clair entre nous et que celles et ceux à qui cela ne conviendrait pas ne perdent pas davantage leur temps à éplucher le présent carnet, je précise que la Poésie est ici considérée dans son acception la plus ample, la plus généreuse, la plus ouverte, la plus libre. La Poésie, le lecteur et la lectrice l'entendront donc plus largement qu'en sa seule expression écrite, qui s'est accaparé l'appellation, l'a embourgeoisée. La Poésie s'offre à tout un chacun, libre à tout un chacun d'en disposer à sa guise et selon son génie. Le temps disposera de l'oeuvre. On ne peut attendre sa sanction pour se mettre à l'oeuvre.

&

Vivre poétiquement sa vie relève d'un choix personnel, qui va à l'encontre de la tendance dominante actuelle, irriguée par les principes marchands (qualité, réussite, efficacité, nouveauté - et son corollaire l'obsolescence - , mode, prix...) Dans la vie poétique, l'acte gratuit prime. L'efficacité importe peu. La victoire pas davantage. L'inutile et l'utile s'épousent. La fragilité est précieuse. L'erreur admise et nécessaire. Don Quichotte de la Manche n'emporte pas un seul de ses combats, il n'en a pas moins acquis ses lettres de noblesse et reste en selle depuis bientôt un demi-millénaire !

&

Je m'efforcerai de mettre en application la leçon de Don Quichotte, pour qui le poétique ne se distingue pas du prosaïque. Les moulins sont des géants. Le laboureur est un écuyer. La paysanne est une princesse.  L'aubergiste est un chevalier... Il indique que le poétique ne va pas de la chose à l'âme, mais de l'âme à la chose (j'aurai peut-être l'occasion plus tard d'élucubrer à propos de l'âme). Qui n'a pas l'âme disponible au souffle poétique ne saurait reconnaître la poésie en quelque sujet que ce soit - un visage, un paysage, un objet... Le poétique est un souffle, une tendance naturelle, innée, qui s'affine et se renforce dans le temps. Comme la capacité de courir de 100 mètres, de devenir un scientifique, un littéraire, un peintre, un musicien, un médecin... Le poétique émane d'une sensibilité qui dans le temps s'affine. Tout au long d'une vie poétique, c'est à dire vécue selon les principes de la Poésie. L'émotion, la beauté, la profondeur restent parmi les plus précieux de ces principes. L'art est une question de sentiment, de résonance avec le Tout. Une question d'Amour, considéré comme une modalité de la force universelle qui meut se monde, et prend un tour particulier en chaque coeur humain. C'est ainsi que je l'entends et le pratique.

à suivre...

©Olivier Deck

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DÉFINITION INDÉFINIE DÉFINITIVE

Le 12/08/2024

DON QUIJOTE DE LA MANCHAmine de plomb, 105x84

ADAGP©OlivierDeck

Du voyage comme pré-texte. Prétexte d'une geste, soit. Souvent, avant d'aborder un nouvel exercice existentiel, je commence par revenir au dictionnaire.

Geste : Ensemble de poèmes en vers du Moyen Âge, narrant les hauts faits de héros ou de personnages illustres.

Voyons comme adapter cette définition classique au présent exercice.

Ensemble de poèmes en vers...
Ce sera une ensemble de poèmes, si l'on veut bien considérer ici la forme poétique comme désincarcérée. Pour ce qui est de la rime, elle sera parfois présente dans les chansons, mais pour le reste la narration ne s'encombrera pas de prosodie.

... du Moyen Âge...
De l'époque actuelle, je dirais plus volontiers qu'elle est un Âge Moyen. Très moyen. Passons.

... narrant des hauts faits ...
Là, pas sûr (rire). La réalité du voyage appelle à l'humilité. De hauts faits il ne sera pas forcément question. Je fais avec les faits qui se présentent. Ce qui est là. Le presque rien. Ce qui advient, même l'ennui, espace fondamental de la rêverie, siège de la création poétique. Aucun exploit en prévision, sauf imprévu. Je ne vais pas à la rencontre du Yéti, ni à la recherche de l'Arche perdue, ni du Graal. Je dirais que ce voyage sera intraordinaire, cherchant l'extra dans l'ordinaire.

... de héros ou de personnages illustres...
N'exagérons rien. Là encore, je ferai ce que je pourrai comme je le pourrai.

à suivre...

©Olivier Deck

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AZIMUT AZIMUTÉ...

Le 11/08/2024

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8 août 2008 Capbreton

AZIMUT AZIMUTÉ
ET AUTRES IMPRÉCISIONS IMPORTANTES

 

Avant de sortir de chez moi, donquichottisme oblige, je me suis efforcé de perdre la raison. Devenir fou, comme l'Hidalgo. Ce projet est déraisonnable, il échappe à tous les genres, toutes les modes, tous les systèmes. Don Quichotte est libre. Il va où l'intuition le mène. Comme lui, je veux être capable de voir des géants, des moulins, des chevaliers, des princesses et des brigands. Je ne suis point armé d'une lance et d'une épée, ni flanqué d'une armure, ni coiffé d'un plat à barbe, mais c'est dans cet accoutrement qu'il conviendra de m'imaginer, s'il vous plaît. Photographiant, écrivant, dessinant, chantant, ici, là et ailleurs.

&

Il est absolument impérieux que je m'égare, que je me trompe, que je me fourvoie sur des sentiers scabreux, que je bute sur des impasses, que j'emprunte des voies sans issue, que je suive des routes sans nom sur le gps de ma voiture - les fameuses "unamed road" chères à Junjing Lee, qui souvent traversent des contrées qu'on n'est pas près d'oublier. Je ferai exactement comme bon me semble, volant d'une branche à l'autre à ma guise, pour un usage du monde au moyen et au service de la Poésie.

&

Une seule chose est sûre, je m'en vais une nouvelle fois en Espagne. Courir le monde ne m'intéresse plus beaucoup. Là-bas se trouve mon Cipango, mon finis terrae, mon ultima thule, mon walhala, mon pétaouchnock, mon quinto coño. Où? L'Andalousie, l'Estrémadure, la Castille, bien entendu la Manche et pourquoi pas l'Aragon... toutes les Espagnes où mille fois je me suis senti pousser des ailes et où j'ai laissé des plumes. Je ne sais pas exactement. J'irai au jugé, sans chercher à suivre l'itinéraire du Quichotte de Cervantès, celui de la véridique histoire (cf ch.I ) si l'on peut dire, sans m'empêcher non plus de le croiser à l'occasion. Il ne s'agit pas d'élaborer un guide touristique, de suivre un circuit défini par avance. Le Don Quichotte sur les traces de qui je me lance erre au-dedans, chevalier intérieur toujours en quête d'aventure. La Poésie est l'azimut azimuté, le but inaccessible, la force motrice, le véhicule, le sujet, l'objet, le Tout et le Rien.

&

Ce voyage sera donc, envers et contre tout, un geste de Liberté. Je n'ai ni blason, ni écusson, ni devise, ni drapeau, et si j'en avais un, il serait blanc, comme un étendard de Paix. Et si j'avais une devise, ce serait En avant ! Ou bien, Adelante ! Aban! comme disait ce béarnais de chevalier de Phébus, à qui Cervantès semble faire allusion (cf ch.I), en tant qu'admirable chevalier, dans son premier chapitre. Ah j'oubliais, dans ma besace j'emporte bien entendu deux exemplaires du Quichotte, histoire de mettre en abîme mon propre voyage. L'un dans la langue d'origine, l'autre dans la traduction d'Aline Schulman, que l'on ne saurait trop conseiller à qui voudrait se lancer dans la lecture.

&

Cette fois, on a ses petites habitudes, j'ai punaisé au mur du couloir qui mène à ma chambre deux cartes. L'une d'Andalousie, et l'autre du centre de l'Espagne. J'irai dans ces parages. Je ne veux pas en savoir davantage. Je laisserai mon cheval marcher au gré de sa fantaisie, ce qui me semble le plus sûr moyen d'aller au-devant des aventures (cf ch.II) J'emporte un livre à spirale des cartes d'Espagne, sur lequel je tracerai l'itinéraire suivie. Au retour de cette première sortie, je reporterai le parcours sur la carte murale. En outre, je tiendrai un journal de bord, lequel doit être considéré comme lancé par ces mots. Je le partagerai ici et je souhaite qu'un beau jour il fera l'objet d'un livre. À bon entendeur.

&

Encore une chose, qui différenciera ce périple du précédent. Dans mon arsenal, j'emporte ordinateur et disque dur, de quoi développer mes images en chemin. J'essaierai d'en publier une chaque soir. Si je parviens à en faire une par jour qui soit présentable. Et je partagerai mes dessins, mes notes, mes collages. Nous verrons bien. Ya veremos.

©Olivier Deck

APPEL : Mmes et MM. galeriste, éditeur, directeur de centre culturel ou artistique, amateur d'art, organisateur, programmateur, collectionneur, chroniqueur, journaliste... si vous êtes intéressés pour soutenir ce projet, aider à sa production, sa publication, son exposition, sa présentation en public (exposition, publication, récital, lecture, chanson, projection, conférence...) n'hésitez pas à prendre contact par messagerie.

PRÉAMBULE. Des hauts faits d'âmes.

Le 08/08/2024

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Mardi 19 septembre 2023    Capbreton

DES HAUTS FAITS D'ÂME

"Le poète peut chanter ou conter les choses, non comme elles ont été, mais comme elles auraient dû être..."
Cervantès in Don Quijote de la Mancha.


Il y a plusieurs années, de nombreuses, très nombreuses années, sans doute depuis que j'ai emprunté la voie des arts, à l'adolescence, que je sais avoir rendez-vous avec Lui. L'ingénieux hidalgo, le Chevalier à la triste figure. À mon regard, parfait symbole du poète errant, il n'est pas le dernier à manifester son goût pour la poésie, au long de ses aventures. Poétiser signifie : "faire". Ce à quoi il veut croire, il l'invente. Ce qu'il veut vivre, il le suscite. Ce qu'il veut affronter, il se l'impose. Ce qu'il considère comme mauvais, il le combat. Quelle différence avec tout ce que j'ai connu en cette vie? Quelle différence avec la poésie vécue, concept si cher à Holderlin ou Rilke?

&

Tout ou presque de ce nouveau voyage sera im-prévu, comme le fameux roman de chevalerie lui-même. Il consistera en des "sorties" pour aller au-devant d'aventures que je rencontrerai en chemin, au gré de mon imagination, de mes humeurs, de mes désirs. Don Quichotte est le grand défenseur de la liberté d'être et de penser, de raisonner et de déraisonner. Liberté d'âme, liberté de corps.

&

Si j'ai choisi d'errer, de divaguer,  jusqu'à en faire un mode de vie, c'est pour cette sensation unique de liberté que cela me procure. Alors, fort de sa leçon, le héros fait de moi un héraut. Un humble chantre d'une existence bohémienne, vouée à la Poésie, c'est à dire à l'Art, à la Beauté, à l'Émotion, au service de l'énergie primordiale d'où Tout procède, où Tout revient toujours pour l'éternel recommencement du même changé en autre que lui : l'Amour. D'Amour, je parlerai, bien entendu. Point d'aventure chevaleresque sans lui. Il ne sera même question que de cela, puisque l'Amour est justement l'expression sublime de la force primordiale de ce monde, celle qui pousse en avant, qui crée, qui protège.

&


Je m'engage ici avec les seules armes du poète. Il ne s'agit pas de faire couler le vrai sang, quoique encore une fois je me saignerai aux quatre veines pour mener à bien cette aventure. Encore une fois j'y mettrai tout mon courage, toutes mes forces, et mes pauvres maravédis, plus trébuchants que sonnants. Et toujours, dans mon bissac, un Leica, une guitare, un carnet, une guitare. Don Quichotte, dans le chapitre XVI de la deuxième partie, moque Sancho en lui disant qu'il est de ceux qui, aux arènes, préfèrent voir le toro du haut de la galerie. Vivre poétiquement, même si le danger n'est pas physique - encore que, le corps y laisse du sien - c'est descendre dans l'arène de la vie. C'est se battre. Livrer un combat créateur au moyen de l'action poétique. En moi, l'Ingénieux hidalgo a troqué son épée, sa lance, contre les attributs de l'artiste. Je me prends pour lui, direz-vous, et vous aurez raison, c'est précisément le sens de ce nouveau voyage. Après tout, serait-ce usurper quoique ce soit? Un auteur (Cervantès en témoignerait), ne saurait souhaiter plus beau legs qu'une kyrielle d'identifications à son héros. Celui-ci s'offre à tous. Le personnage est si ouvert, si universel, que chacun peut se retrouver en lui. Ce que je fais ici. Poète erratique, bien avant d'avoir entendu parler du Quichotte, je ne suis que plus conscient du sens mon chemin depuis que j'ai croisé le sien dans les livres. Ce voyage est un tribut que je lui dois, un geste de reconnaissance. Un adieu, peut-être.

&

à suivre...

NOTE : Galeriste, éditeur, directeur de centre culturel ou artistique, amateur d'art, organisateur, programmateur, collectionneur... si vous êtes intéressés pour soutenir ce projet, aider à sa production, sa publication, son exposition, sa présentation en public (récital, lecture, chanson, projection, conférence...) n'hésitez pas à prendre contact avec moi.

Rafael Riqueni, une guitare de cristal.

Le 11/06/2022

 

DISPONIBLE EN LIBRAIRIE !

et pour recevoir un exemplaire signé : contact

Rafael Riqueni, une guitare de cristal. Olivier Deck

Rafael Riqueni. Une guitare de cristal. Éditions Contrejour.

Le 05/06/2022

 

Le livre rassemble deux albums de photographie en noir et blanc et un texte de l'auteur, retraçant la vie étonnante de Rafael Riqueni.

28 photographies en noir et blanc, imprimées en bichromie sous vernis sélectif accompagnent les mots.

Un album de 37 images sur Séville, célébration photopoétique de la ville-muse du musicien, compose la deuxième partie de l'ouvrage.

Pour commander le livre, signé, il suffit de prendre contact. 

Prix public : 30 euros.  Frais d'envoi: 9 euros. Participation aux frais : 5 euros. Soit : 35 euros l'exemplaire port inclus.

Rafael Riqueni, une guitare de cristal.

Le 25/03/2022

 

Rafael Riqueni

RAFAEL RIQUENI

Une guitare de cristal

suivi de

SÉVILLE, aparté

portrait d'une cité-muse

un livre, une exposition

 

"Un peu plus que la vie" un livre chez CONTREJOUR

Le 01/12/2016

2017

le cycle photopoétique "Un peu plus que la vie"

aux éditions CONTREJOUR,

dirigées par Claude et Isabelle Nori, . 

Torse profil

EXPOSITION "UN PEU PLUS QUE LA VIE". DAX 03/17

Le 03/11/2016

 

"UN PEU PLUS QUE LA VIE" 

méditation poétique sur l'enfance et le paysage

Petit garçon

Le 30/06/2016

I.

Depuis que je suis enfant, je connais le nom de la bombe qui a ravagé Hiroshima. Little boy, petit garçon. Quelle ironie ! Donner un prénom à une bombe atomique est déjà une drôle d’idée, mais Little boy relève d’une incroyable légèreté. Serait-ce une résurgence du flot de toute puissance qui irrigue l’âme des enfants? On dirait aussi une plaisanterie de soldat. C’est donc un petit garçon qui dévasta Hiroshima le matin du 6 août 1945, à huit heures, seize minutes et deux secondes. On apprend un mot, à Hiroshima : hypocentre. Le point où la bombe explosa. Où plus précisément, son aplomb, parce que le point initial du désastre se situe dans le ciel, à cinq-cent quatre-vingts mètres d’altitude. Juste au-dessus de l'hôpital Shima. C’est là-haut, comme l’annonçait la funeste réclame des Américains auprès de la population japonaise, que l’Homme retourna contre l’Homme l’énergie du soleil. Hypocentre. Là-haut que le contrat de confiance entre l’Homme et lui-même, s’il existât jamais, serait-ce sous forme d’espoir, fut rompu à jamais. Ce jour d’avril, je marche dans le parc du Mausolée de la Paix. Le ciel est vide. Le soleil tombe tout droit des hauts d’avril, invitant les cerisiers à déployer leur fleuraison. Le printemps récite une nouvelle fois le poème de l’éternel et de l’éphémère, marqué de temps en temps par une cloche de bronze qui cogne le silence avec douceur. Un groupe de jeunes, habillés à la mode gothique, s’arrête devant le dôme de Genbaku, resté debout après la déflagration. Ils ne disent rien. Je les observe, puis j’observe les ruines, avant de passer mon chemin. Plus loin, je m’attarde un instant devant la flamme du cénotaphe. Le feu dévastateur devenu symbole de vie. J’ai l’impression de me recueillir devant la tombe de l’Humanité.

&

II.

Dès que j’entre dans le musée, le bruit de la bombe me saisit. Un roulement d’orage continu. Sombre, guttural, perdu au fond de la poitrine du temps. Le grondement de colère d’un dieu. Un film rejoue l’explosion ad libitum. Sur le grand écran, le champignon atomique s’élève dans le ciel. Je vois toujours l’explosion d’Hiroshima pour la première fois. Rien ne vient à bout de mon étonnement. Du désir de croire que ce n’est pas vrai. Or le film est là pour dire la vérité. Montrer ce qui fut. En attester. Demander que cela ne recommence pas. Cette imploration semble émaner d’ailleurs, d’un en-dehors de l’Homme. Tout être humain sincère sait que cela peut recommencer. Puisque cela fut. Une fois suffit. L’ambivalence est au coeur de ce monde, et l’humanité est de ce monde. Je tremble encore au feulement de l’explosion. Puis, suivant la foule des visiteurs, je me laisse porter plus loin, partagé entre la fascination et l’effroi. Impossible de retenir mes larmes. Derrière les vitrines, les restes du bombardement. Les reliques. D’épaisses poutres d’acier, celles du pont Aioi, qui fut le repère de tir. Tordues comme des carambars restés au soleil. Des chemises, des pantalons, des robes, brûlés, déchiquetés. Des poupées. Des lunettes. Des sandales. Je sens monter en moi une émotion partagée entre la frayeur et la familiarité. Je sais depuis longtemps qu’un jour, je me trouverais ici, à Hiroshima. Un instant, je songe à sortir, courir, fuir. Un nouvel écran me retient. Le président Truman annonce à la télévision que les Etats-unis ont utilisé une bombe atomique sur la ville d’Hiroshima. Une première.

&

III.

Soudain, je saisis les résonances avec cet acmé de l’horreur. Je comprends pourquoi je tremble, pourquoi je pleure et pourquoi, dans une sorte de mouvement contraire, je suis attiré, fasciné par le désastre. L’évidence apparaît d’un coup, telle une révélation. Satori à Hiroshima. Cela surgit au moment où je découvre deux maquettes de la ville, en août 1945. Chacune doit mesurer environ deux mètres de diamètre, sous une bulle de plexiglass. Celle de gauche reproduit la zone de l’hypocentre au soir du 5 août. Les maisons de bois, les ruelles, les passants, l’activité des commerçants, des porteurs à pied, à vélo, tirant ou poussant des carrioles. On imagine le bruissement de la vie, assombri par l’inquiétude et les contraintes de la guerre. Il y a quelque chose du bonheur qui résiste, dans l’effervescence que ces figurines de quelques centimètres de haut ne parviennent pas à figer. La deuxième maquette, à droite, représente le même lieu, au matin du 6 août. Une nuit a passé. Une nuit bourrée d’étoiles, de rêves et d’espoir. La voici, la dévastation. Je suis pétrifié devant cette vision du ravage. Dans le même temps je comprends pourquoi, depuis ma tendre enfance, la puissance extraordinaire de la bombe me fascine, m’interroge, m’interpelle. Bien sûr que je pense à l’humanité, à cette souffrance sans mesure infligée au peuple japonais, aux innocents, aux passants, aux vieillards, femmes, enfants, artisans, fonctionnaires… mais cette empathie est complexe, elle possède en moi des racines anciennes. Ce dont je ne me souviens pas, c’est ça. Ce qu’ils ont connu à l’échelle d’une ville. La dévastation. Je lève les yeux, et dans le trouble des larmes je regarde, accrochée en hauteur, la reproduction grandeur nature de la bombe. Little boy. Quelle ironie! L’engin semble archaïque, comme dessiné par Hergé. On sourirait presque. C’est insoutenable. Je dois sortir de ce musée. Partir. Rentrer chez moi.

&