sublimation
Le 23/03/2025
Je voudrais essayer de mieux comprendre les ressources naturelles dont chacun dispose, posant comme préalable l'idée que l'on puisse mettre à profit la sublimation, intentionnellement. Freud réserve le plus souvent la sublimation à certains individus privilégiés, savants ou artistes, particulièrement cultivés et à même d'offrir à leur pulsion un destin élevé, qui viendra en retour les renforcer. Et pourquoi les avantages naturels seraient-ils si injustement distribués, qu'ils ne profiteraient qu'à une supposée élite?
Je garde en tête le paradigme de l'artiste ou du savant, pour chercher à comprendre comment, dans la vie quotidienne, les actes les plus simples et communs, le processus de la création existe, se manifeste, s'offre à la disposition du sujet.
Je propose donc que nous prenions pleinement connaissance de ses manifestations dans l'espace conscient, de son mécanisme, afin de comprendre comment solliciter ce dernier pour le rendre utile à la construction heureuse de soi, au long cours.
Reprenons donc l'un des exemples habituels, certes un peu idéalisé, mais clair : l' artiste. Répondant aux exigences du principe de plaisir, il investit son énergie en tension dans son oeuvre, où elle trouve une voie d'expression et de détente.
L'artiste peut acquérir - ce n'est pas une règle universelle - une confiance en lui-même par le biais de son oeuvre. Soit par la reconnaissance qu'elle lui vaut, soit par son propre jugement de ce qu'elle est, pour lui ou dans l'absolu, et sera mieux à même de défendre sa position face à l'adversité, sans doute même face aux atteintes de l'existence, si son oeuvre lui a apporté une stabilité mentale par une profonde connaissance de lui-même et un savoir faire dans l'emploi de son énergie.
Alors il sera mieux disposé à comprendre et lutter contre les menaces montant du fond de lui-même. La force restituée par la sublimation tient également au plaisir que procure son regain. Je reviendrai par la suite sur ce plaisir, qui n'est pas forcément lié à un sentiment de joie pure et simple. La vie humaine n'est jamais pure et simple, par plus que le bonheur. Il peut être teinté de divers sentiments, dont la tristesse, sans pour autant perdre son caractère essentiel, celui de donner à l'existence sa valeur d'être vécue dans la meilleure justesse à soi. Toutefois, ces forces de vies obtenues par les mécanismes de la sublimation concourent à l'épanouissement de l'individu, sans être invincibles pour autant. Elles peuvent rencontrer de véritables obstacles face à des conditions extérieures particulièrement difficiles (guerre, pauvreté, cataclysmes de toutes sortes) ou aux affections du corps particulièrement graves ou invalidantes. Je ne cherche par une recette pour faire des miracles, ni à confier le bonheur aux illusions, à la douce narcose de l'art, selon l'expression de Freud, pas plus qu'au délire où la solitude, pas seulement celle de l'ermite, qui en s'isolant ne perd pas sa faculté d'entrer en relation avec l'Autre, mais une solitude sans espoir ni voie de salut, dans les geôles de la paranoïa. Bien que forcé de tâtonner, je ne renonce par à essayer de comprendre, au fil de la plume, comment tirer partie des puissances que la nature met à notre disposition. Aussi je laisserai à chacun le soin de penser la question des croyances religieuses ou autres, qui bien entendu peuvent être considérées comme des voies de protection et de bonheur. Il n'est pas de ma compétence ni dans mon intention d'aborder ces domaines, les nôtres n'excèdent pas les applications de l'analyse personnelle et le perfectionnement de sa technique.
"Nous sommes ainsi fait que nous ne pouvons jouir intensément que d'un contraste, et fort peu d'un état"
Goethe :"Rien n'est plus difficile à supporter qu'une série de beaux jours".
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Freud considérait la "capacité" de sublimer comme l'issue la plus favorable à un travail analytique. Je pose volontiers cette considération comme principe de mon approche de la question du bonheur. A la fois le socle de ma réflexion, et but à poursuivre. Une meilleure compréhension de ces mécanismes, et surtout l'incorporation de cette connaissance à la pratique analytique permet d'en améliorer la pertinence et d'en développer certains aspects pratiques, ceux que j'intègre à ma technique, but toujours situé au coeur des réflexions que je mène ici.
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Cette "capacité" de sublimer est-elle disponible pour soutenir l'effort de la personne dans la construction de son propre bonheur? Comment et en quoi s'offre-t-elle aux choix et à la décision de tout un chacun? Puis-je "décider" que je vais sublimer? Cela peut sembler bien naïf, utopique même, et pourtant. Il ne s'agit pas de spéculer à bon compte, en décidant par avance d'une réponse à un questionnement qui servirait quelque conclusion prédéterminée, mais de voir à quelle idée je parviens en confrontant les données théoriques à celles fournies par l'expérience, les exemples pratiques et mes idées forgées par ailleurs. La psychanalyse, si profondément et largement débattue par les théoriciens, se réinvente en chacun de ses acteurs, analysant et analyste, et la culture personnelle de chacun de ces derniers, tout comme leur inconscient, imprègne la technique et oriente le voyage. Plutôt adepte de "l'analyse sans fin", je considère à mon enseigne que l'analyse est un questionnement au long cours sur la vie, sans que cela ne me fasse perdre d'esprit que la personne engagée dans un travail peut poursuivre des but plus rapprochés, un problème actuel à régler. Si j'accompagne autrui dans l'exploration intérieure, cela ne signifie pas que mon propre questionnement a trouvé une réponse définitive. L'inconscient garde sa part de mystère et plus on atteint des contrées qui semblent les plus reculées, plus de nouvelles perspectives apparaissent, qui invitent à s'aventurer encore davantage, plus loin, plus profondément. La quête continue. L'art que j'évoque ici et celui de la connaissance intime, il ne saurait être ramené à un savoir arrêté, définitif. Il reste vivant au coeur de sa pratique. Donc surprenant, réactif, en progrès continuel.
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Je ne perds pas d'esprit que la sublimation est en partie consciente, en partie inconsciente, en cela étroitement liée aux notions de formation réactionnelle, de perversion, de manque, de faille... Mais la présente réflexion ne s'intéresse pas en premier lieu à ces éléments inconscients, qui restent inaccessibles et difficilement disponible à une réflexion ouverte, je laisse cet aspect à l'effort analytique censé les ramener à la lumière et enrichir le rapport conscient à la sublimation. Leur découverte, leur connaissance viendra s'agréger à une meilleure connaissance de soi, et participera d'un meilleur ajustement de l'être à lui-même, harmonie qui me semble indispensable à un épanouissement personnel et à l'établissement d'une véritable poétique de vie. Il m'est impossible d'aborder la sublimation dans toutes ses dimensions à la fois, ceci relèverait d'une ambition théorique hors du présent propos, les points de théorie ne manque pas, sur ce sujet, dans les livres de psychanalyse. Souvenons-nous simplement qu'une part importante de son mécanisme, de son origine, de son sens est enfouie dans l'inconscient et le travail d'analyse permet d'apporter quelque clarté dans ces obscurs parages. Plus nous en savons sur nos propres mystères, moins ceux-ci sont à même de se jouer de notre vie.
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Je voudrais simplement suivre cette intuition qu'il est une façon de penser la sublimation, d'en favoriser le processus, dans le but de régénérer l'énergie de vie. En sa partie émergée, le mécanisme semble offrir une prise, quand tous les processus inconscients restent inaccessibles. Freud a lié la sublimation au cas des artistes et des savants, c'est à dire des créateurs qu'il fréquentait, se référant à leur brillant statut professionnel, social. Or ne sommes-nous pas toutes et tous les artisans, les artistes, les savants, les poètes de notre propre existence? Le lecteur de ce carnet de notes l'aura compris, je défends - avec respect et admiration pour Gaston Bachelard et Edgard Morin - l'idée que le poétique est inhérent à la vie ordinaire (qui en cela ne l'est jamais vraiment ), qu'il s'offre en tout chose par l'abord que l'on en a, et qu'il revient à l'être lui-même de transformer le plomb du quotidien en or de l'existence. La vie poétique ne connaît pas les heures creuses et même l'ennui, la tristesse, l'épreuve y sont des combustibles. Il est étrange, et cela fera sans doute le sujet d'une autre réflexion, de voir combien le poétique inspire la justesse scientifique, qui le cite souvent en exemple, en dépit de sa liberté eu égard à la raison. Sans doute que les poètes ont une intuition juste, qui se passe de démonstration. Ils agissent avant d'être sûr et leur oeuvre est toujours au profit de la vie. A part les chants de guerre, dont on pourrait discuter la veine poétique, aucune poésie ne vante la destruction du monde. La force trouve dans la Poésie son espace d'expression absolu au service de la vie, puisant à sa force expressive pour produire de la Beauté, soit la face perceptible de l'Amour, soit la force de vie elle-même. Je soulève ici une question à laquelle j'ai personnellement répondu depuis longtemps, en choisissant de vivre ma vie sur un mode poétique, c'est à dire consciemment créatif. Le bonheur n'est pas une simple conséquence de nos déterminations, il nous revient d'y œuvrer. "Faire" est la première originelle du poète. "Celui qui fait". Sans doute que le mot peut effrayer, ou bien laisser dubitatif. Pourtant nous sommes tous les créateurs de notre destin, dans la part sur laquelle il nous laisse agir. Nous nous pouvons agir sur notre détermination biologique, mais nous pouvons essayer de préserver au mieux notre santé. Nous ne pouvons agir sur les catastrophes naturelles, à tout le moins pouvons-nous essayer de nous en protéger. Le citoyen ordinaire ne saurait agir à grande échelle sur les affaires du monde, les conflits qui déchirent l'humanité. A tout le moins peut-il s'efforcer d'agir sur sa relation à son entourage, qu'il est libre de choisir et avec lequel il peut tisser des relations selon ses propres vues. Chaque vie est une toile vierge, chaque jour une page blanche et si nous ne sommes pas les maîtres absolu dans l'exécution et la réussite de nos desseins, une part de responsabilité nous est offerte par la vie, qui en outre sait nous fournir les moyens de la vivre en créateurs, c'est la fonction même de la vie que de créer la vie, avec ce but étrange, cette issue qui semble toujours fatale si l'on oublie de penser la vie en terme d'énergie fondamentale. Celle qui, lorsqu'elle quitte le vivant, continue sans lui, pour aller s'investir plus loin, ailleurs, autrement dans un autre objet.
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Plus nous prenons conscience de l'énergie qui nous traverse, nous meut, nous émeut, nous porte, plus nous acquérons les moyens d'en tirer parti, d'engager notre vie dans des actions qui, au lieu de la laisser simplement se consumer, l'engage dans des actes qui la vivifient, la régénèrent. La subliment. Le mot est lâché. Sublimation. Ce mécanisme qui n'est pas un simple déplacement et ne se contente pas de glisser la poussière sous le tapis, mais permet de récupérer en retour, comme s'il était capable de la vivifier, de la raviver tout en l'employant. L'analyse est un chemin de connaissance et d'encouragement de cette tendance intérieure dont, avec Freud, je reste convaincu qu'elle offre une vraie voie de salut en portant au-devant de nous une lumière qui révèle l'essence poétique du vivre.
à suivre...
©Olivier Deck
Pour toute information, prise de rendez-vous en présence à Capbreton, ou audio en France : contact
prix d'une séance : 50 euros
Le 13/03/2025
Si Freud n'a pas écrit une théorie de la sublimation, pour l'expliquer il a souvent recours à l'exemple des artistes, des créateurs, poètes, peintres, et des grands intellectuels... Tout ceux-là s'offrent en modèles pour ce processus animique particulier et peut-être bien salvateur, c'est en tout cas ce que je voudrais essayer de mieux comprendre. J'ai expliqué que, comme on le trouve dans certaines sagesses orientales, j'adhère à l'idée d'un énergie Une, primordiale, qui nous anime, nous traverse, nous porte et se distribue selon ses multiples voies possibles. On peut refuser ce préalable, contester ce principe, et dans ce cas il n'est pas conseillé de me suivre plus avant dans celle balade d'idée en idée. Je pose là une prémisse que les astrophysiciens ou les sages taoïstes seraient plus à même que moi d'expliquer, de justifier, de prouver ou d'infirmer, mais je fonde ma réflexion sur cette base, issue d'un choix que nous laisse les uns et les autres dans leurs démonstrations parfois contradictoires, et je n'ai pas besoin de prouver qu'elle est absolument vraie ou absolument fausse pour aller de l'avant avec justesse. Je la pose et elle soutient tout ce que je pense. Plus de quatre décennies, soit une longue expérience, de pratique et d'enseignement des arts martiaux traditionnels, le Budo, "la voie du combat", n'aura pas suffi à m'apporter la preuve de l'existence de l'énergie universelle, mais elle aura grandement suffi à en éprouver et en étudier les effets et les possibilités offertes. Il n'est pas rare que les situations conflictuelles entre les instances psychiques réverbèrent celles décrites par la théorie freudienne, ou rencontrées dans la pratique analytique. Sans aller jusqu'à confondre les unes et les autres, je n'ai toutefois eu aucune peine à souscrire à l'affirmation de Marie-France Dispaux qui prétend que la psychanalyse est une "théorie des conflits".
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Le mécanisme de la sublimation veut que l'énergie première soit détournée de son but et mise au service de l'oeuvre, qui permet à l'artiste ou au savant, dans les cas favorables, de s'acheminer vers la satisfaction, d'accéder à une reconnaissance de lui-même par lui-même et par les autres, et de bénéficier ainsi, en retour, d'un regain d'énergie positive, qui n'a donc aucune raison d'être pour partie refoulée. Le refoulement de l'énergie doit toujours attirer notre attention. Qui dit refoulée ne dit par "perdue". L'énergie ne se perd jamais. Refoulée, elle reste libre de se lier à d'autres objets et peut venir se mêler à des conflits inconscients, comme versant de l'huile sur le feu, ou encore retrouver le chemin de la conscience sous forme d'angoisse, de gêne, de phobie, de trouble... D'autre part, gardons-nous de confondre avec la sublimation tout changement de l'énergie quant à son but. Il est des destins de la pulsion qui peuvent ressembler à s'y méprendre à la sublimation, et n'obtiennent pourtant pas ce regain d'énergie, ce renforcement, cette reconnaissance de soi par soi et par l'Autre. Un peintre, un musicien peut s'épuiser dans son oeuvre, sans en retirer la force de vivre mieux. Il a simplement "déplacé" son énergie. Il lui a trouvé un but, un destin urgent dans laquelle elle a été brûlée, éliminant ainsi la tension qu'elle générait, mais cet emploi n'aura donné aucun avantage, et finalement, quelque soit le résultat, la tension aura été libérée à perte, et ne tardera pas à revenir, faisant du processus du déplacement une noria dans laquelle l'être se trouve retenu par contrainte. Je n'irai pas plus loin sur le déplacement, qui ne concerne pas seulement les actes créatifs. Il est même plus simple à repérer dans d'autres activités. L'exercice physique, par déplacement de la tension psychique vers le corps, est un recours commun dans la société moderne. Ou tout autre action d'apparence névrotique, contrainte, qui agissent comme des soupapes mais n'apportent aucun réconfort durable.
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La sublimation, elle, semblerait produire des bénéfices. Comme un retour sur investissement de l'énergie. Freud prend pour paradigme les artistes et les savants pour l'expliquer, il a hélas tendance à les considérer comme bénéficiaires privilégiés. Par la satisfaction, la gloire apportées. Elle nourrit et encourage les bienfaits de la relation humaine, dans le travail, les groupes d'intérêt, et d'une certaine façon les réseaux sociaux, etc., en renforçant le moi, le rapprochant de son idéal. Alors, pourquoi ce mécanisme, le seul destin qui produise du bénéfice, en termes d'économie pulsionnelle, serait-il réservé à ces êtres que Freud avait la chance de fréquenter, au point sans doute de manquer d'acuité dans sa considération de tout ce qui n'était pas l'élite. Rendons-lui justice, dans l'un de ses derniers textes il pressent que la psychanalyse portera sans doute véritablement ses fruits par ses applications, en quittant le pur champ médical ou scientifique, pour exister en tant que telle dans le monde "normal". Les applications de la psychanalyse, voici à quoi nous nous employons ici. Souhaitant sincèrement ne rien en trahir.
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Tant de voies seraient à explorer, pour nourrir notre réflexion, que nous aurions tôt fait de dépasser le cadre de la présente entreprise. Alors je choisirai de m'en tenir à celle que je connais le mieux, pour la pratiquer au quotidien "depuis toujours", la voie créative, qu'elle soit artistique pour les gens doués pour l'art, ou tout à fait domestique, commune, à la portée de tous, et sans aucun recours à quelque don céleste ou autre. Parce que la créativité s'offre à tous. À toutes. Il y a en chaque être un artiste qui sommeille, qui souvent s'ignore, et qui pourtant crée. Crée la vie. Crée et, par un travail de mise en conscience et de choix personnels, peut apporter beaucoup de force à l'édification, au maintien et à l'embellie de son propre bonheur.
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Le 19/02/2025
La peur est une réaction face au danger. Le tigre est là, menaçant, j'ai peur et si je n'en suis pas figé sur place, je cherche des solutions pour m'en tirer. L'angoisse est une réaction face à l'idée du danger. J'entends des bruits autour de moi, dans l'ombre de la forêt. Serait-ce un tigre? Ou simplement la brise qui agite les feuilles. Je ne peux échapper à une danger invisible, l'angoisse m'envahit. Lorsque je suis accaparé par des pensées liées à des angoisses dont je ne connais que plus ou moins l'origine, parfois pas du tout, je peux essayer de me "changer les esprits", comme le dit l'expression commune. Il faut agir en espérant que l'acte permette un évitement. Chacun connaît cette expérience. Si l'angoisse me plonge dans la tristesse, je tente de trouver de la joie dans le divertissement, au sens large, que ce soit auprès d'un proche, dans un lieu amusant ou étonnant, dans la nouveauté, un livre, une balade, un voyage, la confection d'une tarte aux framboises pour les proches ... On dit communément que l'on "chasse les idées noires." En réalité, je tente d'éloigner celles-ci par une action qui m'en détourne, qui est censée m'en mettre à distance et me protéger. L'action, qu'elle soit physique ou intellectuelle, parvient à détourner l'esprit de ses préoccupations, et la tristesse s'estompe, dans le meilleurs des cas. Dans le meilleur des cas. Combien de temps?
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Les oiseaux noirs qui tournent dans le ciel intérieur sont têtus, ils ne s'éloignent pas bien longtemps. Ce ciel intérieur m'appartient, il est en moi, il est constitutif de moi-même, et il faut plus qu'un simple soufflet pour en chasser les ombres. Alors, bientôt, la tristesse revient, l'angoisse remonte, et je retombe dans l'état redouté, plus étouffant encore, parce que l'espoir d'avoir vaincu l'ombre est déçu, la déception vient s'agréger à l'angoisse et la renforce, la crainte de n'avoir aucun moyen de repousser les forces délétères vient en aggraver leur nocivité.
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Angoisse, tristesse, crainte diffuse, impatience, sentiment confus de panique, il n'est pas rare, en outre, que le corps émette à son tour les signes de l'angoisse, exprimés par des sensations, des gênes, des douleurs... je ne pourrais établir la liste infinie des effets d'une mauvaise circulation de l'énergie de vie (libido, souffle vital, ki, prâna, force primordiale... elle porte divers nom selon les cultures) Quelque part dans les corridors de l'âme, elle est entravée, nouée, mobilisée par un conflit dont, bien souvent, la raison ne sait rien. Sa représentation se dérobe dans l'oubli et sa puissance active, s'évacue en "poussée d'angoisse". Comme souvent, les expressions quotidiennes, employées avec naturel, recèlent des vérités. S'il y a poussée, c'est qu'il y a énergie. Le souffle de vie qui me porte, qui est l'énergie première, est partiellement mobilisé par un conflit intérieur, totalement ou partiellement inaccessible à la conscience, donc à la pensée, au raisonnement. Je suis démuni, face aux dégâts causés par un mal dont je ne sais rien, comme s'il s'agissait d'un invisible ennemi.
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Or, tant que le conflit perdure dans l'inconscient, il continue d'y mobiliser une force qu'il prend à la source, privant l'être d'une partie de son énergie vitale. Et la dynamique de production d'angoisse continue, augmente. Cette énergie résiduelle, détachée de son objet, erratique, peut même investir un autre objet rencontré ailleurs. Une araignée? L'obscurité? La foule? La joie, l'allant, la volonté de l'être sont affaiblies à la mesure de cette déperdition. L'inconscient tente de venir au secours du conscient en cherchant dans le réel un objet propice pour représenter le danger. Contre le danger intérieur, je ne peux rien. Devant une araignée, je peux fuir... ou l'écraser.
à suivre
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LA POUSSIÈRE SOUS LE TAPIS (IV-fin)
Le 11/02/2025
Nous l'avons vu, il est important de garder à l'esprit que la sublimation est en partie consciente, en partie inconsciente, en cela étroitement liée aux notions de formation réactionnelle, de perversion, de manque, de faille... Mais la présente réflexion ne s'intéresse pas en premier lieu à ces éléments inconscients, qui restent inaccessibles et difficilement disponibles à une réflexion ouverte, je laisse cet aspect à l'effort analytique censé les ramener à la lumière et enrichir le rapport conscient à la sublimation. Leur découverte, leur connaissance viendront s'agréger à une meilleure connaissance de soi, et participeront d'un meilleur ajustement de l'être à lui-même, harmonie indispensable à un épanouissement personnel et à l'établissement d'une véritable poétique de vie. Il m'est impossible d'aborder la sublimation dans toutes ses dimensions à la fois, ceci relèverait d'une ambition théorique hors du présent propos et de mes possibilités. Les points de théorie ne manque pas, sur ce sujet, dans les livres de psychanalyse. Souvenons-nous simplement qu'une part importante de son mécanisme, de son origine, de son sens est enfouie dans l'inconscient et le travail d'analyse permet d'apporter quelque clarté dans ces obscurs parages. Plus nous en savons sur nos propres mystères, moins ceux-ci sont à même de se jouer de notre vie.
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Je voudrais simplement suivre cette intuition qu'il est une façon de penser la sublimation, d'en favoriser le processus, dans le but de récupérer de l'énergie de vie. Récupérer, parce que si l'énergie primordiale est Une, il n'est pas concevable de la produire, elle est en éternel recyclage d'elle-même. Nous parlons ici de la vivifier, de l'animer, de la potentialiser. En sa partie émergée, le mécanisme semble offrir une prise, quand tous les processus inconscients restent inaccessibles. Freud a lié la sublimation au cas des artistes et des savants, c'est à dire des créateurs qu'il fréquentait, se référant à leur brillant statut professionnel, social. Or ne sommes-nous pas toutes et tous les artisans, les artistes, les savants, les poètes de notre propre existence? Le lecteur de ce carnet de notes l'aura compris, je défends - avec respect et admiration pour Gaston Bachelard, Edgard Morin et Holderlin - l'idée que le poétique est inhérent à la vie ordinaire (qui en cela ne l'est jamais vraiment ), qu'il s'offre en tout chose par l'abord que l'on en a, et qu'il revient à l'être lui-même de transformer le plomb du quotidien en or de l'existence. La vie poétique ne connaît pas les heures creuses et même l'ennui, la tristesse, l'épreuve y sont des combustibles. Il est étrange, et cela fera sans doute le sujet d'une autre réflexion, de voir combien le poétique inspire la justesse scientifique, qui le cite souvent en exemple, en dépit de sa liberté eu égard à la raison. Sans doute que les poètes ont une intuition juste, qui se passe de démonstration. Ils agissent avant d'être sûr et leur oeuvre est toujours au profit de la vie. A part les chants de guerre, dont on pourrait discuter la veine poétique, aucune poésie ne vante la destruction du monde. La force trouve dans la Poésie son espace d'expression absolu au service de la vie, puisant à sa force expressive pour produire de la Beauté, soit la face perceptible de l'Amour, soit la force de vie elle-même. Je soulève ici une question à laquelle j'ai personnellement répondu depuis longtemps, en choisissant de vivre ma vie sur un mode poétique, c'est à dire consciemment créatif. Le bonheur n'est pas une simple conséquence de nos déterminations, il nous revient d'y œuvrer. "Faire", comme nous l'avons rappelé, est la première originelle du poète. "Celui qui fait". Sans doute que le mot peut effrayer, ou bien laisser dubitatif. Pourtant nous sommes tous les créateurs de notre destin, dans la part sur laquelle il nous laisse agir. Nous nous pouvons agir sur notre détermination biologique, mais nous pouvons essayer de préserver au mieux notre santé. Nous ne pouvons agir sur les catastrophes naturelles, à tout le moins pouvons-nous essayer de nous en protéger. Le citoyen ordinaire ne saurait agir à grande échelle sur les affaires du monde, les conflits qui déchirent l'humanité. A tout le moins peut-il s'efforcer d'agir sur sa relation à son entourage, qu'il est libre de choisir et avec lequel il peut tisser des relations selon ses propres vues. Chaque vie est une toile vierge, chaque jour une page blanche et si nous ne sommes pas les maîtres absolu dans l'exécution et la réussite de nos desseins, une part de responsabilité nous est offerte par la vie, qui en outre sait nous fournir les moyens de la vivre en créateurs, c'est la fonction même de la vie que de créer la vie, avec ce but étrange, cette issue qui semble toujours fatale si l'on oublie de penser la vie en terme d'énergie fondamentale. Celle qui, lorsqu'elle quitte le vivant, continue sans lui, pour aller s'investir plus loin, ailleurs, autrement, dans une autre destinée.
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Plus nous prenons conscience de l'énergie qui nous traverse, nous meut, nous émeut, nous porte, plus nous acquérons les moyens d'en tirer parti, d'engager notre vie dans des actions qui, au lieu de la laisser simplement se consumer, l'engage dans des actes qui la vivifient, la régénèrent. La subliment. Le mot est là. Sublimation. Ce mécanisme qui n'est pas un simple déplacement et ne se contente pas de glisser la poussière sous le tapis, mais permet de récupérer en retour, comme s'il était capable de la vivifier, de la régénérer tout en l'employant. L'analyse est un chemin de connaissance et d'encouragement de cette tendance intérieure dont, avec Freud, je reste convaincu qu'elle offre une vraie voie de salut en portant au-devant de nous une lumière qui révèle l'essence poétique du vivre.
Je continuerai de creuser l'idée de la sublimation dans un prochain texte, intitulé "La tarte aux framboises". À suivre, donc.
©Olivier Deck
Si un travail d'analyse personnelle vous intéresse (en présence ou audio) : contactez-moi
à lire : La poussière sous... (I) (II) (III)
Sur la voie de l'analyse personnelle : lire ici
LA POUSSIÈRE SOUS LE TAPIS (II)
Le 01/02/2025
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Ces considérations nous rapprochent d'un thème qui est au centre de ma réflexion analytique et même poétique (les deux ne sont jamais très éloignées l'une de l'autre), toujours occupée par les mouvements de l'énergie et leurs effets sur la vie. Dans sa métapsychologie, Freud propose la sublimation parmi les quatre destins des pulsions. Elle est considérée comme une captation de l'énergie pulsionnelle, une nouvelle orientation de son but, qui aurait pour conséquences le mieux être et le renforcement de l'estime de soi. Il s'agirait d'un mécanisme plus puissant que celui décrit jusqu'ici, le "déplacement" de l'énergie, et moins dangereux que le déni, lesquels obtiennent un certain effet bénéfique ne s'inscrivant pas dans la durée et pouvant même entraîner désordres et rebonds préjudiciables. Bientôt, l'être retombe dans son état douloureux. Ceci est décrit par Didier Anzieu dans son livre "Créer, détruire", à propos de Samuel Beckett qui, ayant entrepris une analyse avec Bion, se plaignit bientôt de la faible tenue des améliorations dans le temps, ce qui engendra une réaction analytique négative. Bion n'était pas encore aguerri, et ce qu'il obtint dans un premier temps devait n'être qu'un "déplacement" de l'énergie et non sa véritable sublimation.
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"Quelque chose qui engage la dimension psychique de la perte et du manque, et répond à l'intériorisation de coordonnées symboliques commande le procès de la sublimation" nous dit le dictionnaire de la psychanalyse de Chemama et Vandermersh. Nous sommes bien loin d'avoir accès aux arcanes, où nous pourrions trouver les formules pour provoquer et employer son mécanisme. D'après les théoriciens, elles semble naître d'une faille et engagée d'emblée dans une logique de réparation. Ce qui m'intéresse ici est la transformation d'une énergie qui semble d'emblée liée à des éléments délétères, en énergie liée à des éléments de construction qui peuvent s'employer au chantier du mieux-être. La sublimation peut-elle être stimulée par un "travail" conscient partiel? A tout le moins, comme nous pouvons tenter de reproduire le mécanisme du déplacement, peut-on tenter de reproduire celui de la sublimation?
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Si Freud n'a pas exposé une théorie de la sublimation, il en a distribué des fragments théoriques au long de son oeuvre. Le processus est décrit comme un détournement de la pulsion de son but sexuel premier, vers un but social. Quant à cet aspect social, souvenons-nous qu'il est sous influence de l'époque et du milieu de Freud. Je vais essayer de le transposer à la vie courante actuelle, non celle des grands bourgeois de Vienne il y a plus d'un siècle, mais celle de tout un chacun vivant dans le monde d'aujourd'hui. La notion de sublimation reste ouverte et si la théorie psychanalytique appliquée à la pratique permettait à celle-ci de favoriser chez le patient le processus de sublimation, elle s'avérerait de la première utilité dans l'accession à une vie plus riche et satisfaisante.
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Dès lors qu'il s'agit de sublimation, les éléments théoriques s'intriquent et se bousculent. Pour Freud, un "idéal du moi" élevé et vénéré requiert la sublimation, l'orientation de l'énergie à son service. Il peut aider à l'amorcer mais ne peut l'exiger. Freud ouvre ici un champ de réflexion, et nous encourage peut-être à poursuivre de l'avant. Si l'accès à l'inconscient est empêché par les gardiens du refoulement, l'idéal du moi quant à lui est pour partie accessible au conscient, il est possible dans une certaine mesure d'agir sur lui, de tenter de l'influencer. Certes, il ne s'est pas formé consciemment et nous échappe sans doute aussi pour une bonne partie, mais l'être habité d'un idéal du moi et agissant vers lui en connaît les exigences. Il est donc en mesure d'y répondre, ou d'essayer de le satisfaire. Ce qui pourrait bien encourager l'idéal du moi à émettre en retour de l'énergie positive. De l'énergie sublimée. Là, nous allons essayer de trouver un passage.
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Freud, pour évoquer la sublimation, a recours à l'exemple des artistes, des créateurs, poètes, peintres, et des grands intellectuels... Tout ceux-là s'offrent en modèles pour ce processus intérieur particulier et peut-être bien salvateur, c'est en tout cas ce que je voudrais essayer de mieux comprendre. J'ai expliqué que, comme on le trouve dans les sagesses orientales qui posent que du "Un naît le Deux", je considère l'énergie comme Une, énergie primordiale qui nous anime, nous traverse, nous porte selon ses cycles et ses cadences et se distribue selon ses multiples voies possibles. On peut refuser ce préalable, contester ce principe, et dans ce cas il n'est pas conseiller de me suivre plus avant dans celle balade d'idée en idée. Je pose là un préalable que les astrophysiciens ou les sages taoïstes seraient plus à même que moi d'expliquer, de justifier, de prouver ou d'infirmer, mais je fonde ma réflexion sur cette idée, issue d'un choix que nous laisse les uns et les autres dans leurs démonstrations parfois contradictoires, et je n'ai pas besoin de prouver qu'elle est absolument vraie ou absolument fausse pour aller de l'avant. Je la pose et elle sert de base à tout ce que je pense. Plus de quatre décennies, soit une longue expérience, de pratique et d'enseignement des arts martiaux traditionnels, le Budo, "la voie du combat", n'aura pas suffi à m'apporter la preuve de l'existence de l'énergie universelle, mais elle aura grandement suffi à me permettre d'en éprouver et en étudier les effets et les possibilités offertes. Il n'est pas rare que les situations conflictuelles réelles réverbèrent celles décrites par la théorie freudienne entre les instances psychiques, et celles que l'on rencontre dans la pratique analytique. Sans aller jusqu'à confondre les unes et les autres, je n'ai toutefois eu aucune peine à souscrire à l'affirmation de Marie-France Dispaux qui prétend que la psychanalyse est une "théorie des conflits". Elle relève donc des principes du combat.
à suivre...
©Olivier Deck
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La poussière sous le tapis (I)

